lundi 8 février 2010, par Doudou
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Feu Cheikh Anta Diop est l’homme de la renaissance africaine ! C’est la ferme conviction des professeurs Boubacar Sall, Bouba Diop, Diallo Diop, Fatou Kiné Camara et Aminata Diaw Cissé, qui ont revisité, samedi dernier, l’oeuvre du savant. Fait saisissant lors de l’anniversaire de la disparition de l’enfant de Thieytou : les étudiants n’ont pas répondu massivement à l’évènement. Aminata Diaw Cissé a constaté ce fait triste, pour s’en désoler : « Un Youssou Ndour ou Cheikh Béthio Thioune mobiliserait mieux que Feu Cheikh Anta Diop dans ce Temple du savoir », a déclaré Aminata Diaw Cissé. Avant de mettre les pieds dans le plat : « si nous voulons construire l’Afrique de demain, il faudra qu’on sache ce qui est essentiel pour nous », crache-t-elle.
« la renaissance africaine est travestie dans le Nepad »
Ce qui est essentiel et qui mérite, actuellement, une attention toute particulière, dit-elle, c’est l’idée que d’aucuns ont de la renaissance africaine. Contrairement à la vision de nos dirigeants, les panélistes estiment que l’idée que Cheikh Anta Diop avait de la renaissance africaine, en en faisant son propre combat, est en train d’être galvaudée par nos dirigeants. « Cheikh Anta Diop, explique le Dr Fatou Kiné Camara, est l’homme de la renaissance africaine. Il est le premier monument de la renaissance africaine. Ce ne sont pas ses travaux d’historien qui font de Cheikh Anta Diop l’homme de la renaissance africaine, mais sa démarche de proclamer et de reconnaître le génie de nos ancêtres africains ». Dans ses écrits, dit-elle, surtout dans son ouvrage intitulé : « Les fondements économiques et culturels d’un Etat fédéral d’Afrique noire », paru en 1960, au chapitre VI, « il y parle du bicaméralisme hommes-femmes, pour montrer le rôle de la femme dans les sociétés africaines jadis dominées par le matriarcat et où la femme était au centre de tout ce qui se décidait ». En clair, d’après Mme Camara, « Cheikh Anta a déjà réglé la question du genre, de la bonne gouvernance politique et économique, de l’intégration économique, politique et culturelle de l’Afrique, des langues, de l’autosuffisance alimentaire… ». D’ailleurs, ajoute-t-elle : « l’Afrique devrait, aujourd’hui, être une source d’inspiration pour les autres. Car, de l’étude de notre passé, telle que décrite par Cheikh Anta Diop, notre continent pouvait tirer une bonne leçon de gouvernance. Il suffit, simplement, de regarder par le rétroviseur pour bâtir le futur ». Mais, ajoute-t-elle, avec un pincement au cÅ“ur, « la renaissance africaine est travestie dans le Nouveau partenariat pour le développement africain ».
Aminata Diaw : « Cheikh Anta Diop est une méthode »
Le Pr Aminata Diaw Cissé n’en dit pas moins. « Cheikh Anta Diop est avant tout une méthode, qui ouvre des perspectives et qui appelle son propre dépassement, afin d’être un vrai intellectuel, courageux et audacieux. L’enjeu de la renaissance africaine, c’est une reconstruction d’une future Afrique sur la base du Savoir, pour sortir des paradigmes des empires ». Et, en ce sens, les étudiants doivent aller chercher directement ce Savoir à la source, et non se contenter des intermédiaires faciles et des interprétations difficiles à convaincre. En un mot, elle prône « le retour aux sources du Savoir, pour participer aux connaissances des rayons, c’est-à -dire les bibliothèques ».
Madou MBODJ
Source : L’As